Bravo !
Mon travail m'impose pas mal de repas solitaire loin de chez moi. Voilà sans doute pourquoi il me plait à diner dans des brasseries. On s'y sent moins seul. Discrètement, entre deux plats, mon attention se porte sur les clients différents qui se retrouvent en ces lieux soit pour manger ; soit pour boire un verre, et c'est alors maintes scènes d'un théâtre hyper-réaliste qui se jouent sous mes yeux. A regarder la vie tout alentour, on en regarde moins s'écouler le temps. Je suis un régulier de la brasserie de l'Espace Carnot depuis plus d'un an car c'est un de mes "théâtres" favoris, les "acteurs" hétéroclites y donnent des interprétations désopilantes aussi bien que tragiques. Des personnages hauts en couleurs m'auraient presque poussé à la standing ovation si cela n'avait pas été un tant soit peu déplacé... Jeunes, moins jeunes, notables, familles, amoureux légitimes ou amants, touristes de tous les pays ou filles de l'est, la pléthore de figurants devenaient les convives inconscients de la loge 52... pardon de la table 52. Ma table. Mais voilà, depuis quelques temps j'ai remarqué une évolution qui m'a presque arraché de mes préoccupations scéniques. La nourriture un jour a changé. En bien. Avant c'était plutôt moyen et les "représentations" improvisées des clients me faisaient pardonner la fadeur du scénario culinaire. Et aussi bizarre que cela paraisse je ne venais pas ici en priorité pour manger. A n'en pas douter un nouvel artiste oeuvre en cuisine, machiniste du goût, spécialiste des effets spéciaux à mon palais, virtuose des sauces, metteur en scène de mon appétit redécouvert. Que de talent ici révélé ! Tout cela est assez récent et le public pas encore aussi nombreux que la prestation ne le mérite. Je réserve néanmoins ma place avant qu'on ne donne le spectacle à guichets fermés. Je viens plus souvent qu'avant, toujours friand de ces tableaux vivants, mais aujourd'hui la carte du restaurant est devenu le livret sensationnel de mon opéra-bouffe, le petit plus de mes spectacles impromptus métamorphosés enfin en véritables diners-spectacles. Bis repetita. read more