De l'art de la (sur)cuisson...
Je n'ai pas pour habitude de dénigrer le travail d'autrui et encore moins lorsqu'il s'agit de la visite d'un restaurant. Je n'ai pas prétention à détenir le goût universel et là où je serai déçu d'autres seront certainement ravis.
Mais lorsque la déception culinaire se double d'un accueil frôlant la grossièreté, je ne peux m'empêcher de relater mon (désagréable) passage à l'Auberge de l'Isard, en bordure de la chaussée romaine, à Wemmel.
Passons sur la prestation désastreuse des deux serveuses - sans doute deux étudiantes, mais certainement pas en hôtellerie - qui ne manquera pas de nous interpeller à plusieurs reprises. On s'amuserait presque des réflexions faites lors du passage d'une table à l'autre ou de la manière dont les plats sont littéralement 'jetés' sur la table.
À l'inverse, dans un établissement qui facture la prestation à 60 euros par personne (apéritif compris, mais sans les vins), je pense être en droit d'attendre la base d'une cuisine professionnelle : des cuissons justes. Et, dans ce cadre, ce fut la bérézina. Si la purée de fenouil accompagnant les coquilles Saint-Jacques était savoureuse et légère (mais pourquoi la parsemer de lardons trop gras ?), ces dernières étaient réellement trop cuites. Snacker une Saint-Jacques est une chose, la carboniser en est une autre. La surface de la bestiole était noirâtre, dure, tandis que sa chair se montrait filandreuse, un comble pour qui aime les coquilles. Mais là, nous nous taisons. L'erreur est humaine, d'autant que le foie gras poêlé d'un des convives est agréable. Passons rapidement sur le mille-feuille de volaille s'avérant être un vol-au-vent fort peu digne d'une adresse voulant se dire gastronomique.
C'est à l'arrivée des plats que la déception a atteint son paroxysme. Si les ris de veau étaient à leur tour trop cuits, ils restaient mangeables et les légumes les accompagnant étaient, eux, bien cuits (rendons à Bocuse ce qui appartient à Bocuse). Non, la déception vient du demi-homard au four. Littéralement carbonisé sur sa carcasse, on ne peut qu'imaginer le pauvre animal oublié dans son four. Conséquence : une chair ferme et sans saveur dans une assiette au visuel décevant.
Mais le pire restait à venir. Alors que le patron daigne passer entre les tables, nous l'interpellons discrètement. Sa réponse à l'évocation de la surcuisson ? " Impossible ! " Et le bonhomme de prendre l'assiette pour aller décortiquer le homard en cuisine. Un effort d'autant plus vain qu'avec pareille cuisson, ce n'est pas le décortiquer qui aurait été difficile, mais bien le manger. Face à cette attitude fort peu avenante, nous n'hésitons plus à porter le coup fatal : nous osons affirmer que les ris de veau semblaient avoir connu le même sort funeste que le homard. C'est au tour de la serveuse de faire alors une performance digne d'un mauvais sketch. Après avoir littéralement hurlé dans la salle que les ris de veau étaient trop cuits, elle en remet une louche en cuisine en interpellant assez fort le cuisinier pour qu'on en profite tous dans la salle. Cela dit, ce seront les seules suites données à nos récriminations, le patron préférant retourner s'asseoir à la table familiale où il fêtait un anniversaire (ce qui ne l'empêchera pas de faire quelques réflexions désobligeantes à notre encontre).
Aujourd'hui, lorsque je lis les différentes critiques, je comprends que je ne pouvais m'attendre à mieux. Toutefois, nous n'étions pas au bout de nos surprises puisque, après avoir payé une addition pleine et entière, nous avons vécu l'impolitesse ultime d'un responsable de restaurant ne saluant pas ses clients. La serveuse, elle, l'a fait, ajoutant à son 'bonne soirée' qu'elle m'espérait mieux manger chez moi. Et là, j'aurais pu la rassurer : on mange effectivement mieux chez moi. Je prodiguerai donc, à mon tour, un conseil : si vous vous retrouvez devant cette auberge fort peu sympathique (malgré les apparences), passez votre chemin. read more