A Paris depuis quelques années, j'en ai eu assez des restaurants prétendument spécialistes en cuisine japonaise, qui servent dans un décor de pacotille pseudo nippon (un manekineko dans un coin, le chat qui lève la patte) une nourriture bien, bien inférieure aux moins bons des kaitenzushi (les restaurants de sushi sur tapis roulant) de là-bas. J'y ai vécu, j'y ai passé suffisamment de temps pour savoir de quoi je parle. Rue Sainte Anne, le saumon est souvent grassouillet, parfois avec des arêtes, la fraîcheur pas toujours au rendez-vous, la soupe miso insipide.
J'ai découvert Sushiya sur internet, et les commentaires m'ont emballé. A les lire, c'était la Japon à Paris ! Enfin ! Je réserve, ayant été averti de l'affluence. En fait, nous ne serons que deux dans le restaurant. Un décor de cantine atypique, trois origamis qui se balancent au plafond, pourquoi pas. Les plats sont chers : 27 euros l'assiette de 9 sushis, ou 31,50 euros l'assiette de sashimi. A ce prix-là, on s'attend (nous étions deux) à quelque chose de sélectionné, fin et présenté.
C'est plutôt cantoche. Le sushi de saumon est gras et grossièrement tranché, un temaki à l'asperge en boite de conserve, fade à souhait, le chinchard (variété de poisson) annoncé sur la carte n'est pas dans l'assiette (le patron ne nous en a pas averti), les boules de riz sont énormes, on doit s'y prendre à deux fois, ou tout ingurgiter, et cela donne l'impression de s'empiffrer. Du côte de ma compagne qui a pris une assiette de sashimi, le poulpe est dur, il manque le chinchard à l'appel (le patron ne nous en a pas averti, bis), le poisson est grossièrement découpé, mal présenté, et servi sur une montagne de chou blanc, censé remplacer le daikon (radis blanc japonais) qui accompagne en principe le sashimi. Non vraiment, c'est quelconque, bourratif, ça fait apprenti cuistot. Et la suite : du tôfu frais (hiyayakko) servi démoulé de son emballage plastique, flanqué sur une assiette, servi sans rien (ni oignon jeune, ni bonite séchée comme ça se sert traditionnellement au Japon). Selon le patron, certains client n'aiment pas ça. Autrement dit, les autres doivent se contenter d'un tôfu servi comme un flamby. Enfin en dessert, parmi les deux seuls au choix, plus de manjû (gâteau de pâte de haricot rouge), juste de la pâte de haricot rouge, servie dans une assiette avec des cure-dents. On se moque de nous là.
Et une fois l'addition arrivée, on a la curieuse impression de s'être fait embobiner. Mais complètement. Sushiya sur internet, on en fait tout un plat, mais on se demande pourquoi. Autant aller à Sushi West, au moins, on mange ce qui est indiqué sur la carte. Un conseil, si vous souhaitez goûter à la finesse de la cuisine japonaise, passez votre chemin, cherchez ailleurs. read more